Condor

de Cary Férey



Mon avis:

J'étais ravie de retrouver cet auteur car j'avais eu un gros coup de coeur pour Mapuche il y a déjà quatre ans!
J'ai très vite accroché avec les personnages et le contexte. On se retrouve ici au Chili auprès de Gabriela, une jeune étudiante en art passionnée de cinéma qui filme tout, à longueur de journée, et qui sait donner à ses sujets quelque chose d'unique. Lorsqu'elle est confrontée au corps d'un proche à elle, jeune adolescent, et à la réaction des gens du quartier devant ce quatrième corps, elle ne peut s'empêcher de saisir ces instants avec son camescope caché dans son sac à main. La police intervient et la foule exprime toute sa colère. Notre héroïne est bien déterminée à ne pas laisser l'affaire sans suite. Trop d'incohérences. Trop de misère et d'abandon. L'enquête doit être menée et c'est ainsi qu'elle rencontre Esteban.  Ce personnage est à la dérive. Il se perd. Au milieu de tout ça, il tend des mains aux causes perdues.

J'aime énormément la façon dont l'auteur imprègne le texte du contexte politique. Ce n'est pas une toile de fond, ni des références à saisir en filigrane. Non. L'histoire du Chili a façonné chacun des personnages et chacun des actes,  chacune des scènes semble découler des souffrances vécues par le pays. On a également l'impression de pouvoir saisir cette histoire chilienne dans sa complexité. Pinochet bien sûr, mais également tous les enjeux financiers, politiques et humains qui y sont liés.
Ainsi les trois personnages principaux sont ancrés dans cet héritage. Gabriella avec l'histoire du peuple Mapuche, Esteban dont les parents ont su s'enrichir dans ce contexte et Stéfano, militant qui a dû se contraindre à l'exil.

Je n'ai pas compris tout de suite le passage du texte où on découvre "l'infini cassé", le roman d'Esteban qu'il partage avec Gabriella. Et quelques jours plus tard cela a fait sens lors de ma lecture de Caillasses de Laurent Gaudé. Quand je lisais cette pièce avec cet enfant des gravats, né de la souffrance de la Terre, et son mariage avec Adila, j'ai eu l'impression de comprendre ce que représentaient le Colosse et Catalina.

L'enquête avance et les corps se multiplient. Corruption. Trafic. L'auteur arrive brillamment à maintenir un suspense à plusieurs niveaux dans l'intrigue et j'ai apprécié les surprises qu'il nous réserve. J'ai particulièrement aimé "le réveil de Stéfano". Une très belle lecture!



Présentation de l'éditeur:

Dans le quartier brûlant de La Victoria, à Santiago, quatre cadavres d'adolescents sont retrouvés au cours de la même semaine. Face à l'indifférence des pouvoirs publics, Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par sa destinée chamanique et les souffrances de son peuple, s'empare de l'affaire. Avec l'aide de son ami Stefano, militant rentré au Chili après plusieurs décennies d'exil, et de l'avocat Esteban Roz-Tagle, dandy abonné aux causes perdues qui convertit sa fortune familiale en litres de pisco sour, elle tente de percer le mystère. 
Dans un pays encore gangrené par l'héritage politique et économique de Pinochet, où les puissances de l'argent règnent en toute impunité, l'enquête dérange, les plaies se rouvrent, l'amour devient mystique et les cadavres s'accumulent...


Je remercie les éditions Folio pour ce partenariat!

Commentaires

  1. J'ai aussi apprécié le suspense et le contexte politique, moins les personnages... ( je n'ai pas du tout aimé l'infini brisé ( je trouvais les passages un peu larmoyant parfois : c'est un tic car les personnages ont tous une larme qui coule un moment ou un autre).

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    1. je te comprends, je suis passée à côté aussi de ce passage même si la lecture du Gaudé après celui-ci m'a donné l'impression de comprendre l'image du Colosse. J'ai bien aimé Stefano car il prend le taureau par les cornes!

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